Sélectionner une page

Le psychologue des profondeurs, Carl Gustav Jung, a développé le concept d’archétype en psychologie au cours de son exploration de l’inconscient collectif. Si la notion d’archétype peut paraître obscure, je vais tenter de l’éclairer dans cet article.

Je commencerai par préciser l’origine et la définition de l’archétype. Je vous expliquerai ensuite la différence entre archétype et instinct. Je vous indiquerai également quel est le rôle de l’archétype. Pour finir, je vous exposerai quelques exemples d’archétypes.

Sommaire

I. Origine et définition de l’archétype selon Jung

II. Archétype et instinct

III. Quel est le rôle de l’archétype ?

IV. Quelques exemples d’archétypes

  1. L’ombre
  2. L’animus et l’anima
  3. L’archétype du Soi
  4. L’archétype de l’arbre

V. Conclusion

 

I. Origine et définition de l’archétype selon Jung

J’ai indiqué dans un article précédent que Jung distingue l’inconscient personnel de l’inconscient collectif. Contrairement à l’inconscient personnel qui est de nature individuelle, l’inconscient collectif est de nature universelle. Tandis que l’inconscient personnel constitue l’intimité personnelle de la vie psychique et a une tonalité affective, l’inconscient collectif est commun à tous les êtres humains et a une tonalité « numineuse », c’est-à-dire fascinante, magique, spirituelle.

Les contenus de l’inconscient collectif sont les « archétypes ». Le terme « archétype » se retrouve chez certains auteurs chrétiens mais la notion est issue de l’εἶδος platonicien, de l’idée platonicienne. Les idées éternelles de Platon sont une forme philosophique des archétypes psychologiques. Ce sont des images primordiales, des formes transcendantes universelles, des originaux des choses qui, selon Platon, sont conservées dans un lieu supracéleste.

Jung se réfère aussi à l’Idée de Schopenhauer qui s’inspire lui-même des idées platoniciennes. Selon Schopenhauer, l’Idée est une forme éternelle, un prototype, une unité qui se transforme en pluralité. L’Idée est intuitive, elle est cachée et ne peut être conçue et exprimée dans son essence mais seulement relativement, par exemple dans une œuvre d’art.

L’archétype est selon Jung exprimé dans les mythes, les contes et les symboles religieux. Mais il constitue en tant que tel une donnée immédiate qui n’est pas soumise à une élaboration consciente, comme quand il apparaît dans un rêve. Il s’agit d’un modèle hypothétique qui, quand il est perçu et conscientisé, devient une représentation archétypique. L’archétype est ainsi représenté collectivement dans la mythologie, les légendes et la religion notamment.

L’archétype peut être définit comme une image originelle, universelle, éternelle, d’abord sans contenu spécifique et qui exprime ensuite des contenus de l’inconscient collectif à travers des formes symboliques. Les archétypes constituent les potentialités du patrimoine représentatif de l’humanité.

II. Archétype et instinct

Étant donné que l’archétype régule, modifie et motive la conscience, il se comporte comme l’instinct. Chaque instinct revêt la forme de sa situation, chaque instinct remplit une image avec des propriétés fixes. L’instinct et l’archétype coïncident ainsi avec la notion biologique de pattern of behaviour. L’instinct ne fonctionne que s’il remplit son image, son modèle, son pattern of behaviour.

Dans la mesure où l’être humain agit de manière instinctive, d’une manière spécifiquement humaine, il possède en lui des types d’instinct qui constituent le modèle de ses actions. L’être humain est poussé instinctivement à faire quelque chose et, en même temps, il se représente la chose à travers l’archétype. Les archétypes se sont ainsi formés depuis des millions d’années suite à la profusion d’images d’expériences amassées tout au long de l’évolution humaine.

Les instincts sont les impulsions naturelles tandis que les archétypes sont les idées générales, l’esprit de l’être humain au sens spirituel du terme. L’archétype et l’instinct constituent pour Jung l’opposition qui est à la base de l’énergétique psychique. Les phénomènes psychiques qui se manifestent en chacun apparaissent comme des recherches d’équilibre énergétique entre instinct et esprit. Ainsi, la conscience évolue entre l’instinct et l’esprit pour trouver son équilibre.

III. Quel est le rôle de l’archétype ?

Lorsque nous éprouvons un déséquilibre psychique, que nous n’allons pas bien psychologiquement, nous ressentons une dissociation entre notre conscience et l’inconscient. Nous commençons à sentir la nécessité d’intégrer notre personnalité. Il s’agit alors de se confronter avec les archétypes pour initier un travail d’assimilation de l’inconscient.

L’inconscient a une fonction compensatrice par rapport à la conscience. En rendant conscients certains effets des archétypes, une tension entre les opposés se crée. Le conflit entre les contraires permet un rééquilibrage entre le conscient et l’inconscient. Ce conflit est nécessaire pour éviter toute stagnation et pour perpétuer le mouvement vital. Jung appelle ce processus de centrage de la personnalité le processus d’individuation, de réalisation du Soi.

L’intégration des contenus de l’inconscient met fin à l’hégémonie de la conscience subjective du moi. En effet, la confrontation à la réalité inconsciente et objective paralyse la volonté trop égocentrique du moi. En ce faisant, la volonté se soumet peu à peu à la nouvelle structure de la personnalité : le Soi. Il s’agit, en effet, de faire la synthèse entre les contenus conscients et inconscients, d’unifier les opposés.

L’afflux de contenus inconscients vivifie et enrichit la personnalité. Le processus d’individuation engendre une transformation de soi. Ce processus d’évolution propre à la psyché signifie la réalisation de la totalité de la psyché : l’union du moi et du Soi. Étant donné que le Soi comprend à la fois le moi et l’inconscient, l’individuation inclut par là même les autres et le monde.

IV. Quelques exemples d’archétypes

Jung a identifié les archétypes les plus courants qui influencent et sont susceptibles de perturber la conscience de manière intense : l’ombre, l’animus et l’anima. C’est seulement lorsque ces archétypes ont été intégrés que nous pouvons réaliser le Soi.

Plus nous intégrons des contenus de l’inconscient, plus nous nous rapprochons du Soi. L’intégration de l’ombre constitue le fondement de la connaissance de soi et le premier acte du processus d’individuation. Il s’agira ensuite de se confronter à l’animus et l’anima pour préparer l’unification de la psyché.

1. L’ombre

L’ombre est la partie obscure, inférieure de la personnalité. Elle a une nature émotionnelle et peut revêtir une forme d’obsession, voire de possession. L’émotion engendrée par l’ombre se révèle dans des situations dans lesquelles nous n’arrivons pas à nous adapter et où nous avons du mal à nous contrôler.

Étant donné que l’ombre représente l’inconscient personnel, elle est plus facilement accessible. Nous pouvons aisément la discerner et la rendre consciente en faisant preuve d’autocritique. Toutefois, certains aspects de l’ombre résistent de manière acharnée.

Nous projetons, en effet, l’inconscient sur notre entourage sans nous en rendre compte. Notre relation aux autres n’est plus authentique et nous nous isolons, rejetant notre sentiment d’incomplétude sur eux. Nous pouvons ainsi gâcher notre vie sans prendre conscience que le drame vient en réalité de nous-même.

Lorsque l’ombre prend la forme de l’archétype, nous devons déployer un effort considérable pour l’assimiler. Réaliser l’ombre consiste à reconnaître la partie obscure de notre personnalité, c’est pourquoi elle se heurte à une résistance considérable.

2. L’animus et l’anima

L’anima est le principe féminin, le principe de relation, du lien entre les individus. C’est l’archétype de la vie, l’Éros. L’anima peut être représentée par des figures aussi diverses que la Grande Mère, la Pythie, la Déesse de l’Amour, la sorcière, la lune… L’animus est le principe masculin qui ordonne et différencie. C’est l’archétype du sens, le Logos. Il peut être représenté par des figures comme le Vieux Sage, le héros, le chef, le saint, le magicien, le soleil…

L’anima est l’aspect féminin de l’homme tandis que l’animus est l’aspect masculin de la femme. Pour développer leur personnalité, l’homme et la femme doivent se confronter à leur inconscient. Il s’agira pour la femme d’intégrer son côté masculin à sa personnalité pour développer force, détermination, dynamisme et spiritualité. Il s’agira pour l’homme d’intégrer le principe féminin en percevant ses propres sentiments et en créant du lien avec les autres.

3. L’archétype du Soi

Le Soi est l’archétype de l’unité et de la totalité. Lorsque nous sommes en proie à une désorientation ou à une réorientation dans notre vie, des symboles du Soi comme le cercle, le mandala, la quaternité ou la croix peuvent apparaître dans nos rêves. Ces symboles d’ordre indiquent que nous sommes sur le point de conjurer les contenus de l’inconscient et que le chaos est sur le point de se transformer en cosmos.

Nous sommes appelés à unifier nos opposés et à retrouver un nouvel équilibre. Il faut alors approfondir le travail d’intégration des contenus de l’inconscient et des projections. Il ne suffit pas d’appréhender le symbole du Soi de manière intellectuelle, il faut en faire l’expérience. Il s’agit à la fois d’un processus irrationnel d’expériences vécues et un phénomène de connaissance.

4. L’archétype de l’arbre

L’arbre est une des figures archétypiques de l’inconscient qui apparaît souvent. Il représente un aspect de l’archétype du Soi, à savoir un phénomène de croissance. Mais l’arbre peut aussi prendre toute une série de sens différents : la vie, le développement, la protection, la fermeté, la dureté, l’enracinement, l’âge, la personnalité, la mort et la renaissance…

L’archétype de l’arbre existe dans une forme et une signification identiques dans de nombreux documents historiques comme les mythes ou les écrits alchimiques. Pour l’alchimie, l’arbre représente l’union des opposés, le processus de développement psychologique. Selon l’histoire des symboles, l’arbre naît de l’union des opposés et décrit le chemin et la croissance vers l’éternité.

V. Conclusion

L’archétype est une image primordiale, un modèle qui exprime des contenus de l’inconscient collectif. Les plus grandes idées de l’humanité et les motifs mythologiques se forment à partir de ces images originelles qui constituent des canevas de base.

Lorsqu’un archétype surgit dans un rêve ou se manifeste dans notre vie, il exerce une influence « numineuse » nous poussant à l’action. En assimilant les effets des archétypes, une tension entre le conscient et l’inconscient se produit et appelle un rééquilibrage de notre personnalité.

L’intégration de l’inconscient commence avec la réalisation de l’ombre et se poursuit avec l’assimilation l’animus ou l’anima. Au fur et à mesure que nous intégrons des contenus inconscients, nous nous rapprochons du Soi. L’objectif du processus d’individuation est l’unification des contraires et la réalisation du Soi.

Sources de l’article

  • G. Jung, Les racines de la conscience, Éditions Buchet/Chastel, Paris, 1971
  • G. Jung, Types psychologiques, Georg Editeur S.A., Genève, 1993
  • G. Jung, Dialectique du Moi et de l’inconscient, Éditions Gallimard, 1964
  • G. Jung, L’âme et la vie, Éditions Buchet/Chastel, 1963
  • G. Jung, Psychologie de l’inconscient, Georg Editeur S.A., 1993
  • Carl Gustav Jung, Aiôn. Études sur la phénoménologie du Soi, Albin Michel, 2021
  • Emma Jung, Animus et Anima, La fontaine de Pierre, 2017

Votre travail ne vous satisfait plus ?

Ensemble, créons le job qui vous fait vibrer

grâce à la méthode

Design ton job

Un accompagnement pas à pas de 3 mois

pour reprendre votre vie en main et créer le job qui vous correspond

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *