La nécessité de réaliser le processus d’individuation se fait souvent ressentir au moment d’une crise de milieu de vie. Dans cet article, je décris la manière dont Carl Gustav Jung appréhende le passage du matin à l’après-midi de la vie.

J’explique la façon dont il convient de procéder à cette transition de vie sans encombre. Je détaille plus concrètement les différentes éléments à explorer et comment réaliser le passage de la première à la deuxième partie de sa vie.

1. La métaphore du soleil

Selon Jung, la vie est comparable à la course du soleil. Le matin, le soleil se lève et augmente progressivement sa force. Il atteint son apogée à midi, brillant et intense. À partir de là, il poursuit sa course en sens contraire, le soleil diminue sa force jusqu’à ce qu’il se couche. Le matin et l’après-midi de la vie ont tous deux autant de sens mais leur sens et leur but sont différents.

La première partie de notre vie est naturelle. Nous nous développons personnellement et professionnellement. La famille, l’école, le travail, la société et la culture nous aident dans notre ascension et notre épanouissement. Nous sommes en quelque sorte conditionnés par le dehors.

La deuxième partie de la vie a pour Jung un but culturel. Il s’agit de se déconditionner pour accomplir sa vraie nature, pour développer sa personnalité individuelle. Grâce au processus d’individuation, nous nous réalisons, nous développons une relation plus authentique avec les autres et nous apportons notre contribution au monde.

Lors du passage de la phase « naturelle » à la phase « culturelle », nous nous accrochons souvent aux illusions de la jeunesse ou à ses enfants. Pour de nombreuses personnes, ce passage est laborieux et amer. Il s’agit de la crise du milieu de vie, que l’on appelle aussi crise de la quarantaine, bien qu’elle puisse surgir dans la trentaine ou la cinquantaine, voire au-delà. Souvent, des névroses graves se développent au début de l’après-midi de la vie.

Mais nous ne pouvons résoudre les problèmes qui surgissent à cet âge avec les recettes de l’adolescence. Tandis que la jeunesse trouve ses solutions au-dehors, la maturité doit trouver ses solutions au-dedans de soi. Dans ce passage à la deuxième partie de sa vie, nous ne sommes pas vraiment épaulés, aucune aide extérieure n’est prévue car l’objectif est justement de se déconditionner. Le processus d’individuation a pour but d’opérer cette transition du milieu de vie afin de franchir indemne le seuil de l’âge mûr.

2. La transmutation des valeurs

Avec la transition entre le matin et l’après-midi de la vie, s’opère ce que Jung appelle une « transmutation des valeurs ». C’est la prise de conscience de valeurs qui sont contraires à nos valeurs habituelles et la nécessité de reconnaître nos idéaux contraires. Comme si ce qui était une vérité alors, n’est plus qu’un mensonge ou une erreur aujourd’hui.

La transition du milieu de vie s’apparente généralement à une crise existentielle. Elle se manifeste par le fait d’être pris dans le paradoxe du sentiment d’avoir une belle vie, d’avoir tout ce qu’il faut, mais qu’au fond de nous, nous savons que cela ne nous correspond pas, ou plus.

Nous prenons souvent conscience de nos contradictions au moment d’un événement clé de la vie comme un épuisement professionnel, un divorce, une maladie, un accident… Nous commençons alors à porter notre attention sur notre vie personnelle et professionnelle. Nous réalisons que nous avons été pris par le cours de la vie sans vraiment y réfléchir.

Nous éprouvons une sorte de vide, une impression de ne plus être à notre place. Nous nous rendons compte que ce que nous recherchions jusque-là comme par exemple, la carrière, le statut, la vie familiale, nos intérêts ne font plus sens aujourd’hui. Nous comprenons que nous nous sommes adaptés toute notre vie à ce que les autres attendaient de nous sans porter notre attention sur nous-même.

3. L’acceptation de ses conflits intérieurs

Lorsque nous décidons d’embrasser cette transmutation des valeurs, nous entamons notre processus d’individuation. L’individuation passe par la prise de conscience des contraires, par le fait que nous sommes constitués de paradoxes. Il s’agit d’accepter nos conflits intérieurs, d’accueillir les oppositions qui nous habitent.

La première étape sera de prendre conscience de ce paradoxe, de réaliser que nous vivons en contradiction avec nous-même. En acceptant nos dilemmes, en explorant chacun des opposés pour en prendre pleinement conscience, cette tension entre les contraires va devenir la source d’une nouvelle énergie créatrice dans notre inconscient qui va nous faire évoluer.

Pour que la crise du milieu de vie puisse s’opérer sans encombre, elle nécessite une prise de conscience de cette tension entre les opposées ainsi que de chacune des contradictions. Si cette prise de conscience des deux aspects de la contradiction n’a pas lieu, nous risquons de vivre en opposition complète avec qui nous étions autrefois.

Lorsque nous opérons une conversion radicale, nous vivons dans l’autre opposé. L’inconvénient de ce changement radical est que nous refoulons désormais notre vie précédente. Cette volte-face aura comme effet de créer un état aussi instable que l’état précédent.

4. La synthèse du conscient et de l’inconscient

Pour éviter toute volte-face contre-productive, il s’agira de conserver nos anciennes valeurs auxquelles nous ajouterons la prise en considération de leurs contraires. C’est cette attitude-même qui va entraîner des conflits et des désaccords avec soi-même. Nous entrons dans un état d’incertitude déstabilisant.

Cet état de confusion va favoriser l’émergence de centres d’intérêt nouveaux, spirituels notamment, et faire surgir des expériences archétypiques. C’est le début d’une exploration de l’inconscient. Dans ces moments, des images, des symboles vont apparaître dans nos rêves ou dans des visions.

L’inconscient nous guide sur notre propre voie. Les images et les symboles de l’inconscient nous donnent des indications pour trouver la solution à nos dilemmes. Ces images et ces symboles inconscients nous présentent une solution originale que nous n’aurions pas pu trouver rationnellement. En prenant conscience de ces données irrationnelles, nous pouvons élaborer des solutions qui vont concilier ce qui apparaissait comme inconciliable.

Le processus d’individuation n’est pas simplement une compréhension intellectuelle mais aussi une compréhension basée sur l’expérience vécue. L’objectif est, en effet, d’intégrer les éléments inconscients à la conscience et de concrétiser dans sa vie les remèdes que nous révèle l’inconscient.

Tandis que l’inconscient va diriger les opérations de rééquilibrage de notre vie, le conscient va faire des choix et décider ce qu’il convient concrètement de mettre en place. Les rêves nous confirment si l’évolution se fait dans le bon sens. Dans le cas contraire, il s’agira d’apporter des adaptations. Le processus d’individuation est un processus continu de rééquilibrage de sa personnalité et d’harmonisation de sa vie.

5. Comment réaliser sa transition de vie

Pour opérer plus concrètement cette transition de vie, il s’agit tout d’abord d’entreprendre un travail d’introspection approfondi. Le processus d’individuation peut se réaliser de différentes manières.

Tout d’abord, il est important de comprendre son fonctionnement psychologique en déterminant quel est son type psychologique et la dynamique de ses fonctions psychologiques. Il s’agira ensuite d’intégrer ses fonctions plus inconscientes afin de développer sa personnalité. Comprendre son fonctionnement psychologique nous aide à savoir qui nous sommes réellement mais aussi à savoir ce que nous voulons faire de cette deuxième partie de notre vie.

Après avoir découvert notre profil psychologique, il est intéressant de se pencher sur la persona, sur les masques que nous avons porté toute la première partie de notre vie. Nous découvrons alors qui nous sommes vraiment, indépendamment des rôles que nous jouons dans notre vie. Il s’agit de trouver le juste équilibre entre notre personnalité externe et notre personnalité interne.

Vient alors l’exploration des archétypes qui nous perturbent le plus. Il s’agit d’abord du travail de l’ombre à travers lequel nous allons reconnaître et assimiler la partie obscure de notre personnalité. Il s’agit ensuite d’explorer l’animus ou l’anima afin d’intégrer notre part masculine ou féminine. En réalisant notre ombre et en intégrant l’animus et l’anima, nous prenons conscience de nos projections et nous vivons de manière plus authentique nos relations aux autres.

Nous pouvons aussi nous interroger sur les valeurs fondamentales qui nous habitent, celles qui nous font agir dans la vie, et les comparer avec nos valeurs passées. Dans ce processus introspectif, des nouveaux centres d’intérêt vont apparaître ainsi que des potentiels que nous pourrions avoir envie de déployer. Nous devons nous questionner sur ce que nous souhaitons réellement concrétiser dans notre vie afin de nous soyons en accord avec ces nouvelles découvertes sur nous-mêmes.

Pour finir, il s’agira d’appliquer dans notre vie quotidienne tout ce dont nous avons pris conscience. Le processus d’individuation est un rééquilibrage de sa personnalité et de sa vie. En prenant conscience de ce qui était jusqu’alors inconscient, nous acquérons une nouvelle attitude face à la vie et nous pouvons procéder plus concrètement à rééquilibrer de notre vie.

6. Conclusion

Le passage du matin à l’après-midi de la vie se fait souvent sous le signe d’une crise de milieu de vie. Nous prenons, en effet, conscience de nos conflits intérieurs. Nos valeurs ont changé, parfois du tout au tout. Nous sommes généralement sans repères pour opérer les changements nécessaires.

Le processus d’individuation nous aide à franchir cette transition du milieu de vie. Nous devons prendre conscience de cette tension entre les opposées ainsi que de chaque aspect de nos contradictions. À nos anciennes valeurs vont s’ajouter la prise en considération de leurs contraires. Cette tension va favoriser l’émergence de solutions créatives pour rééquilibrer notre vie.

Afin de réaliser cette transition de vie, il est important de découvrir son type psychologique et de développer sa personnalité. Nous pouvons aussi explorer notre persona, notre ombre et notre animus ou anima. En prenant conscience de ces différents archétypes et en les intégrant à notre personnalité, nous développons une nouvelle attitude face à la vie et nous pouvons concrètement opérer un rééquilibrage de notre vie.

Sources de l’article

  • G. Jung, Dialectique du Moi et de l’inconscient, Éditions Gallimard, 1964
  • G. Jung, Psychologie de l’inconscient, Georg Editeur S.A., 1993
  • Bud Harris, Becoming Whole. A Jungian Guide to Individuation, Daphne Publications, 2016

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2 Commentaires

  1. Paczecha

    Bonjour catheline suite au processus d’individualisme j’en suis au conflit entre le conscient et l’inconscient sachant que j’ai besoin des 2 suivant la situation.bonne journée 🌞

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    • Enracinement créatif

      Bonjour,
      Merci pour votre partage. Nous avons effectivement besoin de trouver l’équilibre entre le conscient et l’inconscient.
      L’objectif du processus d’individuation est de faire la synthèse entre le conscient et l’inconscient afin d’être plus conscient de soi et de trouver un nouvel équilibre dans sa vie.

      Réponse

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